Amiante : interdit depuis 1997, toujours présent et toujours dangereux

Illustration : maison construite avant 1997 en coupe, avec toiture en fibrociment, calorifugeage et dalles de sol repérés, loupe grossissant des fibres d'amiante, et frise chronologique de 1977 à aujourd'hui

L'amiante est interdit en France depuis le 1er janvier 1997. Pourtant, près de trente ans plus tard, on diagnostique encore chaque année plus d'un millier de cancers de la plèvre qui lui sont liés. Comment l'expliquer ? Que disent les données de surveillance ? Et qui est exposé aujourd'hui ? Voici le point, chiffres officiels à l'appui.

Un matériau longtemps plébiscité, puis interdit

Isolant, incombustible, résistant et bon marché, l'amiante a été massivement utilisé dans le bâtiment au XXe siècle : plaques et conduits en fibrociment, flocages, calorifugeages de tuyauteries, dalles de sol, colles, enduits, joints... Sa dangerosité est pourtant connue de longue date. Les grandes étapes :

  • 1977 — toutes les variétés d'amiante sont classées cancérogènes par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), et les premières règles de protection des travailleurs apparaissent en France.
  • 1978 — interdiction du flocage contenant plus de 1 % d'amiante dans tous les bâtiments.
  • 1er janvier 1997 — interdiction totale de la fabrication, de l'importation et de la vente de l'amiante et des produits en contenant (décret du 24 décembre 1996).
  • 2005 — interdiction dans toute l'Union européenne.

Interdire l'amiante n'a cependant pas fait disparaître celui déjà posé. Les matériaux installés avant 1997 sont, pour une grande partie, toujours en place dans les logements, les écoles, les bâtiments industriels et agricoles.

Des risques sanitaires avérés

Le danger vient des fibres. Quand un matériau amianté est percé, poncé, découpé, cassé ou se dégrade, il libère des fibres microscopiques qui peuvent être inhalées et se loger durablement dans les poumons et la plèvre. Selon l'Organisation mondiale de la santé, toutes les formes d'amiante sont cancérogènes. Elles provoquent notamment :

  • le mésothéliome, un cancer de la plèvre (l'enveloppe des poumons) quasi spécifique de l'amiante, souvent appelé « cancer sentinelle » ;
  • des cancers du poumon, du larynx et de l'ovaire ;
  • l'asbestose, une fibrose pulmonaire, et d'autres atteintes respiratoires chroniques comme les plaques pleurales.

À l'échelle mondiale, l'OMS estime que plus de 200 000 décès par an sont dus à l'exposition professionnelle à l'amiante, soit plus de 70 % de tous les décès par cancer d'origine professionnelle. L'amiante n'est interdit que dans un peu plus de 50 États membres de l'OMS.

Les chiffres en France

Depuis 1998, Santé publique France surveille le mésothéliome pleural à travers le Programme national de surveillance du mésothéliome (PNSM). Ses résultats sur vingt ans (1998-2017) sont sans ambiguïté :

  • le nombre annuel de nouveaux cas est passé d'environ 800 sur la période 1998-2002 à environ 1 100 sur la période 2013-2016 ;
  • sur 2015-2016, on comptait environ 800 cas par an chez les hommes et 310 chez les femmes, soit 27 % de femmes ;
  • une exposition professionnelle à l'amiante est retrouvée chez plus de 90 % des hommes atteints, contre environ 40 % des femmes ;
  • l'âge au diagnostic a augmenté, passant d'environ 70 ans à plus de 75 ans.

Le mésothéliome n'est que la partie la plus visible. Les projections reprises par le Haut Conseil de la santé publique estiment qu'entre 68 000 et 100 000 décès liés à l'amiante pourraient survenir en France entre 2009 et 2050 : entre 18 000 et 25 000 par mésothéliome, et entre 50 000 et 75 000 par cancer du poumon.

Côté travail, l'amiante reste, selon l'INRS, la deuxième cause de maladies professionnelles et la première cause de décès liés au travail hors accidents. En 2024, 2 057 maladies professionnelles liées à l'amiante ont été reconnues par le régime général, en hausse de 8,5 % sur un an. Depuis octobre 2023, les cancers du larynx et de l'ovaire figurent eux aussi dans les tableaux de maladies professionnelles liées à l'amiante.

Pourquoi encore autant de cas, si longtemps après l'interdiction ?

La réponse tient en un mot : la latence. Entre la première exposition à l'amiante et le diagnostic d'un mésothéliome, il s'écoule en général 30 à 40 ans. Les malades d'aujourd'hui ont, pour la plupart, été exposés dans les années 1970 et 1980, au moment où l'amiante était le plus utilisé.

À l'échelle de cette maladie, une interdiction datant de 1997 est donc récente : ses effets sur le nombre de cas ne peuvent apparaître que progressivement, à mesure que les générations les plus exposées vieillissent. C'est aussi ce qui explique l'augmentation de l'âge moyen au diagnostic.

S'y ajoute un second facteur : l'amiante posé avant 1997 est toujours là. Chaque intervention sur un matériau amianté non repéré peut créer une nouvelle exposition, dont les conséquences ne se verront que dans plusieurs décennies.

Ce que montrent les données depuis l'interdiction

Les premiers signes de l'effet de l'interdiction et de la surveillance sont là, mais ils restent prudents :

  • La mortalité par mésothéliome semble avoir passé son pic. Une modélisation de Santé publique France (2012) situe ce pic au début des années 2000, avec 600 à 800 décès par an chez les hommes et 100 à 200 chez les femmes, puis une baisse attendue jusqu'à une stabilisation vers 2030.
  • Les maladies professionnelles reconnues ont baissé entre 2011 et 2022, avant de repartir à la hausse depuis 2022, d'après les données de la Sécurité sociale.
  • Le nombre de nouveaux cas, lui, ne baisse pas encore : Santé publique France souligne que, malgré l'interdiction de 1997 et du fait de cet effet différé, l'incidence du mésothéliome continuait d'augmenter sur la période étudiée.
  • Le profil des malades évolue : la part de personnes ayant travaillé dans le BTP est en augmentation constante, et pour plus d'un quart des femmes atteintes, aucune exposition n'a pu être identifiée.

Autrement dit, l'interdiction a stoppé l'apport de nouvel amiante, mais le risque s'est déplacé : il ne vient plus de la fabrication, il vient de l'amiante déjà présent dans les bâtiments.

Quelle est aujourd'hui la première source d'exposition ?

Aujourd'hui, on s'expose surtout en intervenant sur des matériaux amiantés existants, souvent sans le savoir. L'INRS identifie trois grandes situations : les travaux de retrait ou d'encapsulage de l'amiante, les interventions d'entretien et de maintenance sur des matériaux qui en contiennent, et les travaux sur des terrains naturellement amiantifères.

Les plus concernés sont les artisans du second œuvre : plombiers-chauffagistes, électriciens, couvreurs, maçons, carreleurs, peintres, plaquistes, charpentiers. L'INRS a chiffré à environ 900 000 le nombre de salariés du second œuvre du bâtiment susceptibles d'être exposés lors de ces interventions.

Les particuliers ne sont pas à l'abri : percer une plaque de fibrociment, poncer d'anciennes dalles de sol ou démonter un vieux conduit lors de travaux de rénovation peut libérer des fibres. Un matériau amianté en bon état et laissé intact présente peu de risque ; c'est le fait de le dégrader qui pose problème.

Le repérage, premier geste de prévention

C'est tout l'objet du diagnostic amiante : savoir où se trouve l'amiante avant d'y toucher. Pour un bien dont le permis de construire est antérieur au 1er juillet 1997, un repérage est obligatoire avant la vente, et des repérages spécifiques sont exigés avant certains travaux ou une démolition. À Cambrai et dans le Cambrésis, où une grande partie du parc de logements a été construite avant cette date, la question se pose très souvent.

Un repérage réalisé par un diagnostiqueur certifié vous permet de vendre en règle, d'informer les entreprises qui interviendront chez vous et de programmer vos travaux en connaissance de cause.

Ce qu'il faut retenir

  • L'amiante est interdit en France depuis le 1er janvier 1997, mais il reste présent dans de nombreux bâtiments construits avant cette date.
  • Environ 1 100 nouveaux cas de mésothéliome par an sont recensés en France (2013-2016), avec une exposition professionnelle retrouvée chez plus de 90 % des hommes.
  • Entre la première exposition et la maladie, il faut compter 30 à 40 ans : c'est pourquoi les cas persistent.
  • Le pic de mortalité par mésothéliome semble passé, mais le risque s'est déplacé vers les interventions sur les matériaux en place.
  • Repérer l'amiante avant de vendre ou de faire des travaux reste la meilleure protection.

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Sources, consultées le 17 octobre 2026 : Santé publique France, BEH 2020, PNSM : vingt années de surveillance (1998-2017) ; Santé publique France, modélisation de la mortalité par mésothéliome, projections à l'horizon 2050 (2012) ; INRS, historique de la problématique amiante ; INRS, circonstances d'exposition ; Sécurité sociale, indemnisation des victimes de l'amiante ; OMS, aide-mémoire sur l'amiante. Les chiffres du PNSM portent sur la dernière période publiée (2013-2016) ; une mise à jour du dispositif de surveillance est en cours.